Exposition « Arsenal et poudrière »

Installation présentée dans l'arsenal à la place Forte de Mont-Dauphin Hautes-Alpes.

Francis de Hita conçoit le volume par l’intermédiaire du dessin et propose des « volumes dessinés », d’un abord souvent frontal. C’est le cas ici : les deux pièces exposées combinent un même élément, un même motif, dans un cas des « barrières Vauban », dans l’autre des séchoirs à linge. Les impressions qui s’en dégagent sont toutefois contrastées. Dans le cas de la structure composée de séchoirs, les éléments sont uniformes. Combinés entre eux, empilés en pyramides, reliés par des joints, l’ensemble qu’ils forment varie en fonction du lieu où on se trouve et de la lumière qui l’éclaire : tantôt ponctuation discrète de l’espace par des fils blancs quasi immatériels, tantôt enchevêtrement d’une grande densité. Formée sur le modèle du château de carte, la structure convoque un principe de construction géométrique à partir d’éléments simples. Que ces derniers soient des séchoirs, et non des pierres, fait signe à Mont-Dauphin village. Qu’en revanche, vue de face, la structure dessine comme un poste d’observation, fait signe à Mont-Dauphin forteresse. Les douze dessins (deux fois six) font jouer le motif de la familière barrière Vauban. Peintes d’une encre bleue délavée sur un fond muet, les formes sont en suspension, flottant dans la feuille et au-delà d’elle. Leur qualité aérienne détonne par rapport à la violence sociale et politique que représente la barrière Vauban. La torsion des éléments accidentés intègre la brutalité dans le dispositif lui-même, indépendamment des luttes, des barrages, des enfermements, auxquels il se prête historiquement. Entrelacées dans un corps à corps qui les disloque et les tord, les barrières s’animent de mouvements antagonistes que l’oeil se prend à continuer.

Texte de Joëlle Zask